Cybersécurité

Vingt-six mille signalements, deux cents correctifs : Glasswing fait craquer la divulgation des vulnérabilités

Mythos, d’Anthropic, a trouvé 26 153 vulnérabilités ; 202 sont corrigées. Ce que Project Glasswing a révélé d’une divulgation calée sur le rythme humain de découverte.

Illustration : une personne endormie à son bureau sous une lampe, ensevelie sous des rapports imprimés et entourée de tasses de café.

Avant l’incident de Hugging Face, la grande affaire de l’année en matière d’IA et de sécurité était une brèche d’un autre genre : celle des attentes. Le 8 avril 2026, Anthropic a annoncé Claude Mythos Preview, un modèle capable, selon l’entreprise, de trouver de manière autonome des vulnérabilités zero-day et d’écrire les exploits correspondants, ainsi que Project Glasswing, un consortium bénéficiant d’un accès anticipé pour s’en servir à des fins défensives. L’argument relevait de l’arithmétique : passer au crible les logiciels open source dont dépend le monde entier, trouver les bugs avant les attaquants, les corriger.

La première moitié du calcul a fonctionné. Anthropic a analysé plus d’un millier de projets open source et signalé 6 202 vulnérabilités de gravité élevée ou critique. Elle en a confié 1 752 à six sociétés de sécurité indépendantes pour vérification. Parmi celles-ci, 90,6 % étaient avérées et 62,4 % ont été confirmées comme élevées ou critiques. Un modèle qui trouve de vrais bugs graves dans ces proportions, et à cette échelle, ce n’est pas du battage médiatique.

C’est dans la seconde moitié que tout se joue. À l’heure où nous écrivons ces lignes, le registre de divulgation d’Anthropic elle-même – un registre public ouvert en mai et presque jamais mis à jour jusqu’à un rattrapage début septembre – raconte l’histoire suivante. Signalements revendiqués au total : 26 153. Signalements parvenus ne serait-ce qu’au registre : 2 736 (10,5 %). Signalements effectivement corrigés : 202 (0,8 %). Signalements retirés : 245, plus nombreux que les corrigés. Dix-huit ont été corrigés par quelqu’un d’autre avant même qu’Anthropic ne les transmette. Et le tableau de bord d’Anthropic annonce 421 vulnérabilités corrigées en amont, quand le registre qu’elle tient elle-même en affiche 202. Les chiffres ne concordent pas entre eux, et encore moins avec l’annonce.

Anthropic n’a pas fait mystère des raisons. Les mainteneurs manquent cruellement de bras. Certains lui ont demandé de ralentir, car il leur faut du temps pour concevoir les correctifs. De l’aveu même d’Anthropic, les mainteneurs open source croulaient déjà sous un déluge de rapports de bugs de piètre qualité générés par IA avant le lancement de Glasswing. Trouver les bugs s’est révélé être la partie facile. Le plus dur, c’est qu’une personne qui a déjà un métier à côté lise le rapport, le confirme, écrive un correctif qui ne casse rien et le publie.

Ce n’est pas l’histoire d’une seule entreprise. Chaque pièce du système de divulgation responsable – l’embargo de 90 jours, la numérotation CVE, le score CVSS, les délais imposés par les autorités pour les vulnérabilités « dont l’exploitation est avérée » – a été conçue en fonction du rythme auquel les humains trouvent des bugs. Ce rythme était l’hypothèse cachée sur laquelle tout l’édifice reposait. À Black Hat, en août, le programme CVE lui-même envisageait de s’automatiser pour tenir face à ce que l’on a commencé à appeler la « vulnpocalypse ».

Anthropic avait promis un rapport public à 90 jours pour début juillet. Nous n’avons pas pu confirmer qu’un document distinct ait jamais été publié ; ce qui existe, c’est le registre et les analyses extérieures qui en ont été faites. Que ce rapport ait été discrètement intégré au registre ou qu’il n’ait jamais été rédigé, son absence fait partie de l’histoire : le projet censé montrer au secteur comment fonctionne la divulgation à l’échelle de l’IA a surtout montré, jusqu’ici, que ça ne fonctionne pas, pas encore.

La lecture approfondie examine les trois registres qui ne concordent pas, l’écart entre la gravité notée par Claude et celle notée par les mainteneurs, et ce qu’un mainteneur épaulé par deux bénévoles est censé faire de quatre cents rapports.

Sources, chronologie et détails : passez à la lecture approfondie (8 min).

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